Méditations

Lettre de Sain Vincent à sa Mère à Pouy - 17 Février 1610

Ma mère,

L’assurance que Monsieur de Saint Martin m’a donnée de votre bon portement lui dit-il, m’a autant réjoui que le séjour qu’il me faut encore faire en cette ville pour recouvrer l’occasion de mon avancement (que mes désastres m’ont ravi) me rend fâché pour ne vous pouvoir aller rendre les services que je vous dois ; mais j’espère tant en la grâce de Dieu, qu’il bénira mon labeur et qu’il me donnera bientôt le moyen de faire une honnête retirade ; pour employer le reste de mes jours auprès de vous. J’ai dit l’état de mes affaires à M. de Saint Martin, qui m’a témoigné qu’il voulait succéder à la bienveillance et à l’affection qu’il a plu à M. de Comet nous porter ; je l’ai supplié de vous communiquer le tout

J’eusse bien désiré savoir l’état des affaires de la maison, et si tous mes frères et sœurs et le reste de nos autres parents et amis se portent bien, et notamment si mon frère Gayon est marié et à qui ; d’ailleurs, comment vont les affaires de ma sœur Marie, de Paillole, et si elle vit toujours et fait une même maison avec son beau-frère Bertrand.

Quant à mon autre sœur, j’estime qu’elle ne peut être qu’à son aise, tant qu’il plaira à Dieu la tenir accompagnée. Je désirerai aussi que mon frère fit étudier quelqu’un de mes neveux ; mes infortunes et le peu de service que j’ai encore pu faire à la maison, lui en pourront, possible, ôter la volonté ; mais qu’il se représente que l’infortune présente présuppose un bonheur à l’avenir.

Ma mère, c’est tout ce que je peux vous dire pour le moment, si ce n’est que je prie Dieu instamment pour votre santé et la prospérité de la maison, comme je suis pour vous, ma mère le plus humble, le plus obéissant des fils.

Votre serviteur,
De Paul

Je vous prie de présenter les humbles salutations à tous mes frères et sœurs et à tous nos parents et à tous nos parents et amis, spécialement à Betan.